On raconte volontiers que le jeu vidéo est devenu un loisir de riches. Les archives disent l'inverse, et les consoles disparues en sont la meilleure preuve. La Neo-Geo AES de SNK se vendait 3 990 francs en 1991, soit près de 1 080 € d'aujourd'hui, cartouches à 1 500-2 500 F pièce en sus. La Saturn de Sega demandait 3 490 F à l'été 1995 (≈ 870 € constants). À côté, les 799 € de la PS5 Pro qui font polémique aujourd'hui relèvent presque de la modération.
Ce que montre la frise
Les années 1987-1995 sont l'époque des écarts extrêmes. En bas de l'échelle, Sega joue l'accessibilité : Master System à 990 F en 1987 (moitié moins que la NES sortie le même mois), Game Gear à 990 F en 1991. Au milieu, la Mega Drive s'installe à ~1 990 F fin 1990 et la PC-Engine de NEC (distribuée en France dès 1989, une singularité) à 1 790 F. Et tout en haut, les machines de l'excès : la Neo-Geo, console d'arcade à domicile assumée, et la Saturn, dont le prix de lancement délirant face à la PlayStation à 2 099 F a scellé le destin en quelques mois.
La chute de la Dreamcast ferme le chapitre : lancée fin 1999 à 1 690 F, le lancement le moins cher de l'histoire de Sega en salon corrigé de l'inflation, elle n'a pas suffi à sauver le constructeur, qui quitte le matériel en 2001. Preuve que le prix ne fait pas tout : c'est le catalogue et le calendrier qui tuent les consoles.
Pourquoi ces prix paraissent-ils fous aujourd'hui ?
D'abord parce que le marché était minuscule : sans économies d'échelle, le matériel coûtait structurellement plus cher à produire, à importer (taux de change yen/franc défavorable au début des années 90) et à distribuer. Ensuite parce que la concurrence par le prix n'existait pas encore : c'est précisément la guerre PlayStation/Saturn/N64 de 1995-97 qui a imposé la discipline tarifaire dont héritent les consoles modernes. Les machines rétro sont chères parce qu'elles sont d'avant cette guerre.
Une précision de méthode : les prix de cette période sont des moyennes reconstituées à partir de catalogues et de presse d'époque. Les tarifs variaient sensiblement d'une enseigne à l'autre, et certaines machines (Atari Jaguar, 2600…) n'ont pas laissé de prix français assez documenté pour figurer ici. Chaque valeur affichée porte sa source, divergences comprises.
Et pour jouer rétro aujourd'hui ?
Le marché de l'occasion rétro a ses propres cotes, parfois supérieures aux prix d'origine pour les machines rares. Côté neuf, l'histoire continue sur le hub de l'Observatoire et nos comparateurs : consoles actuelles et bons plans jeux vidéo suivent les prix du présent, tous les jours.